On parle de Feutré sur CaracTerres - La Vienne Rurale

La laine française, autrefois prisée, est aujourd'hui considérée comme un déchet. C'est ce constat qui a motivé Émilie B. à effectuer un changement de vie radical.
Après avoir passé quinze ans dans le secteur bancaire coopératif, elle a ressenti, au lendemain de la crise sanitaire du Covid-19, le besoin de se tourner vers une activité davantage en accord avec ses convictions écologiques. Elle a ainsi installé son activité dans le tiers-lieu poitevin « La Caserne ».

Son constat est clair : la Nouvelle-Aquitaine produit plusieurs milliers de tonnes de laine issues de différentes races ovines.
Il est nécessaire de trouver une solution capable d'absorber ces volumes importants afin de soulager financièrement les éleveurs, pour qui la tonte annuelle représente aujourd'hui un coût.

Une alternative concrète pour valoriser la laine locale

Émilie B., fondatrice du projet Feutré « Je voulais proposer une alternative concrète et sensibiliser les gens à leur manière de consommer. »

Grâce à deux Appels à Manifestation d'Intérêt (AMI) de la Région, qui lui ont permis d'obtenir 70 000 € d'aides pour la recherche et le développement, Émilie travaille actuellement à la création d'un chausson en laine baptisé « Feutré ».

Le circuit a été pensé pour être le plus local possible. La laine est aujourd'hui collectée auprès d'une dizaine d'éleveurs et rémunérée 1 € par kilogramme. Chaque mouton produit en moyenne entre 2 et 2,5 kg de laine par tonte.

Le lavage est réalisé en Haute-Loire, sur le dernier site industriel français spécialisé dans cette activité. Le feutrage est effectué en Haute-Vienne, tandis que la fabrication est actuellement prévue au Portugal, faute d'un savoir-faire suffisamment développé en France.

Redonner de la valeur à une matière oubliée

Soutenue par l'association Laine d'Éleveurs, Émilie souhaite redonner de la valeur à la laine locale.

On ne peut pas jeter une matière aussi belle.

Formée au tri des toisons à l'École de la laine de Vasles (79), elle travaille aujourd'hui le feutre aiguilleté, une technique qui densifie la laine afin de la rendre solide et durable. À travers cette démarche, elle souhaite encourager des modes de consommation plus responsables et proposer des produits locaux accessibles.

Un chausson écoresponsable et réparable

Le chausson a été conçu pour être réparable et recyclable. Il intégrera une semelle antidérapante récupérable et recyclable afin de réduire l'impact environnemental de sa fin de vie.

Le lancement de la production est prévu pour septembre, avec une première série de 500 paires. Une campagne de financement participatif ainsi qu'un système de précommandes accompagneront ce démarrage.

D'autres usages pour la laine

Le projet ne s'arrête pas au textile. Émilie souhaite également développer d'autres débouchés pour la laine, notamment :

  • des alternatives aux bâches synthétiques de protection utilisées par les peintres ;
  • des matériaux d'isolation phonique et thermique pour le bâtiment ;
  • du paillage pour les maraîchers ;
  • des pellets de laine qui, en se décomposant, enrichissent naturellement les sols.

Source : caracterres.fr